Compréhension écrite : comment la travailler en cours de FLE ?

Améliorer la compréhension écrite
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Il faut bien l’avouer… lorsque nous nous appuyons sur des textes en cours de langue, nous, profs de FLE, avons souvent bien d’autres objectifs en tête que la compréhension écrite : introduire un nouveau thème, enrichir le vocabulaire, travailler la grammaire… Bref, tout sauf le savoir-faire spécifique indispensable à la saisie du sens du texte. Pourquoi ? Peut-être que cela nous semble aller de soi. Pourtant, il existe bien de bons et de mauvais lecteurs. Comment donc aider ceux de nos apprenants qui rencontrent tout de même des difficultés à les surmonter ? Quels sont les outils et les stratégies que nous mettons en place plus ou moins consciemment lorsque nous lisons ?

 

Des textes en cours de langue : mais avec quel objectif ?

 

Lorsqu’on demande à des professeurs de langue quels sont leurs objectifs lorsqu’ils utilisent un texte en cours de langue, ceux-ci vont vous parler du vocabulaire, du point de grammaire qu’ils souhaitent aborder, du thème qu’ils souhaitent introduire, des aspects culturels, peut-être de l’amélioration de la prononciation, mais beaucoup plus rarement de l’amélioration de la compréhension écrite ou de la motivation. Utiliser des textes en cours de langue semble donc être utile à tout, sauf à la compréhension écrite ! C’est le comble.

 

Et lorsqu’on demande aux apprenants pourquoi le professeur leur propose des exercices de compréhension écrite, la plupart d’entre eux pensent qu’il s’agit de préparer l’examen… Une perspective assez peu motivante en effet. Autrement dit, pour eux, le lien entre les textes proposés et la vie réelle n’est pas toujours évident… Or, nous lisons beaucoup dans notre vie quotidienne. D’où vient alors ce décalage dans la perception ? Comment faire comprendre aux apprenants que la compréhension des écrits est bien fondamentale dans leur vie de tous les jours, et pas uniquement celui de l’examen ?

 

Orienter son cours : vers le texte ou vers l’apprenant ?

 

Il faut reconnaître que la plupart du temps, le cours est orienté vers le texte (et ses problèmes) et non vers le lecteur (ses objectifs, ses stratégies). Il s’agit d’expliquer le texte proposé par le professeur, didactisé avec un but souvent linguistique. On s’intéresse peu au traitement du texte par les apprenants, à leur objectif en lisant, c’est-à-dire à la manière (ou plutôt : aux manières) de lire que nous mobilisons dans notre vie quotidienne.

 

Et pourquoi lisons-nous au quotidien ? Nous pouvons en effet avoir des buts très différents :

– rechercher une information spécifique: cela exige une lecture de type ciblé ;

– comprendre globalement de quoi traite un texte, par exemple pour savoir si cela nous intéresse (ou pas) : ce but sera servi par une lecture de type global;

– faire le point sur une information, acquérir des connaissances détaillées sur un sujet, par exemple lors de la lecture d’un article scientifique : c’est un plan de lecture détaillée qu’il nous faudra alors suivre.

 

Tous ces types de lecture, nous les pratiquons au quotidien : non seulement les étudiants qui font une recherche ou préparent un exposé, mais nous tous, lorsque nous nous penchons sur les nouvelles des journaux (ou sur un blogue lorsque nous intéressons à un sujet)…

 

Cela montre effectivement un décalage entre la vie réelle et nos exercices en cours : alors que nous proposons souvent des activités d’explication, afin de vérifier la compréhension (centration sur le texte), il s’agirait plutôt de se focaliser sur les objectifs du lecteur et l’apprentissage des savoir-faire mobilisés par ces objectifs (centration sur l’apprenant). Quelque part, il s’agit de passer d’une attitude défensive à l’égard du texte (expliquer et surmonter les difficultés) à une attitude offensive (pourquoi est-ce que je lis ce texte ?). Une solution pour réajuster le tir serait d’avoir en tête le type de lecture que nous attendons de la part de nos apprenants et de le leur rendre crédible. Dans un deuxième temps, on peut proposer aux apprenants plus de liberté en leur proposant de se fixer eux-mêmes un objectif avant la lecture d’un texte qu’il leur faudra choisir parmi plusieurs.

 

Qu’est-ce qu’un bon lecteur ?

 

Afin d’aider ceux de nos apprenants qui ont des difficultés de compréhension écrite, nous devons nous demander quelles sont les caractéristiques d’un bon lecteur : quels savoir-faire est-il capable de mobiliser ?

 

Progression régulière : pas de rupture de rythme aux mots inconnus

Alors qu’un mauvais lecteur va effectuer des retours en arrière répétés pour comprendre une phrase ou un paragraphe, un bon lecteur va au contraire être beaucoup plus régulier dans sa progression. Le mauvais lecteur va chercher à déchiffrer mot à mot, négligeant ainsi les indices donnés par la syntaxe. Un lecteur expert poursuivra quant à lui la lecture d’une phrase jusqu’au bout sans se laisser perturber par la présence de mots inconnus. Il essaiera ensuite, en s’appuyant sur la syntaxe et le contexte, d’en deviner le sens ou tout simplement de saisir un sens général.

 

Phonétique : importante même pour la lecture silencieuse

Un lecteur confirmé va également être capable d’une meilleure transposition phonétique de l’écriture par rapport à un autre moins aguerri. Autrement dit, il saura comment les mots se prononcent. Eh oui, cela ne paraît peut-être pas évident a priori, mais un bon lecteur est capable de prononcer les mots qu’il lit. En effet, dans le cas contraire, on bute sur les mots, ce qui interrompt le flux de lecture. La question de la prononciation, même pour une lecture silencieuse, mobilise des forces qu’on ne peut plus consacrer aux autres tâches, comme la déduction du sens de mots inconnus d’après le contexte…

 

Connaissances générales : une aide précieuse

Un lecteur expérimenté s’appuie encore sur ses connaissances pour donner du sens à ce qu’il lit. Il est capable de faire des liens avec les informations qu’il a déjà. Il fait appel à sa culture générale pour interpréter le texte qu’il est en train d’analyser au fur et à mesure de sa lecture. Au contraire, un mauvais lecteur qui déchiffre mot à mot va avoir beaucoup plus de mal à relier ce qu’il lit à ce qu’il connaît déjà.

 

Cohérence du texte : un outil à ne pas négliger

Un lecteur compétent est également capable de relier les informations du texte entre elles, donnant ainsi un sens à l’ensemble cohérent que constitue ce texte. Au contraire, un lecteur moins habile aura sans doute oublié le début du texte lorsqu’il parvient à la fin, du fait de sa lenteur, de son rythme cassé par ses incessants retours en arrière et de sa difficulté à faire des liens avec ce qu’il a déjà lu ou entendu.

 

Quels points travailler pour améliorer la compréhension écrite ?

 

Viser une plus grande régularité de la lecture en contournant les mots inconnus

D’abord, nos apprentis lecteurs doivent donc apprendre à continuer leur lecture au-delà des mots inconnus pour aller au moins jusqu’à la fin de la phrase et pouvoir aviser à ce moment-là de la conduite à tenir : essayer de deviner ou se contenter du sens général. Pour les y aider, vous pouvez leur proposer une technique issue de l’intercompréhension, faisant partie de la méthode dite « Eurom5 » : remplacer les mots inconnus par un mot de type « machin » ou « truc » (ils peuvent bien sûr utiliser le mot de leur langue maternelle, si cela les rassure). Il leur sera ainsi possible d’aller jusqu’au bout de la phrase avant de se demander s’ils ne peuvent pas deviner le sens du mot avec le contexte. Il s’agit aussi de limiter les retours en arrière et de s’appuyer sur la syntaxe.

 

Travailler la prononciation

Comme la prononciation joue un rôle dans le décodage d’un texte, travaillez-la avec vos apprenants ! Cela dit, attention : on dit souvent que faire lire les textes à voix haute par les apprenants est une erreur didactique. S’il s’agit de découvrir le texte, cela peut être vrai. Si vous demandez à un apprenant de lire à voix haute un texte inconnu, ce qui est sûr, c’est qu’il lui sera impossible de comprendre le texte au fil de sa lecture : il devra en effet porter toute son attention sur la prononciation. Il aura donc besoin de temps pour le relire « seul ». Si vous posez tout de suite des questions de compréhension, elles s’adresseront de fait aux autres apprenants. Mais vous pouvez tout à fait expliquer à votre classe cette répartition des rôles, et même jouer dessus en demandant aux autres de noter les informations importantes, les mots-clés, (les dates…) etc. au fur et à mesure de la lecture. Vous pouvez aussi travailler la prononciation une fois que le texte a été expliqué (et compris), une option plus classique.

 

S’appuyer sur les connaissances générales

Quand vous introduisez un nouveau thème, vous demandez certainement à vos apprenants de mobiliser les connaissances générales et/ou linguistiques (vocabulaire) qu’ils ont déjà du thème en question. Mais les apprenants ne comprennent pas toujours le but de l’exercice : il peut être nécessaire de leur expliquer qu’il s’agit de faire des liens. Encouragez-les à s’appuyer sur ces connaissances pour interpréter le texte. Ils sont autorisés à faire des hypothèses, puis à les vérifier, mais aussi des déductions.

 

Exploiter la cohérence du texte

Il est possible de travailler spécifiquement sur cette caractéristique des textes, notamment en proposant des exercices de remise dans l’ordre de paragraphes. Mais il faut ensuite analyser ce sur quoi on s’appuie pour y parvenir, et bien choisir son texte en fonction de cet objectif. Il faut parler non seulement des mots de liaison, mais de l’ensemble de manifestations de la cohérence textuelle, comme les synonymes contextuels employés pour éviter des répétitions, ou les mots et expressions faisant référence à d’autres utilisés plus haut (pronoms pour remplacer un nom, etc.). Il s’agit d’un aspect assez peu travaillé y compris en langue maternelle, sur lequel il nous faut insister en langue étrangère.

 

Développer des automatismes

Bien sûr, avant de devenir un lecteur habile, il va falloir que nos apprenants intègrent ces différentes stratégies jusqu’à ce qu’elles deviennent des automatismes (voir l’article sur la mémoire procédurale ici : https://culture-fle.de/noubliez-pas-la-memoire-procedurale/)… Et pour cela, une seule solution : pratiquer, pratiquer et pratiquer encore. Il nous faut donc les encourager à lire tous seuls, chez eux.

Pour cela, je vous encourage à aller voir l’interview d’Aline Maurer, qui nous parle d’autres avantages encore de la lecture afin de motiver vos apprenants à une pratique régulière : https://culture-fle.de/les-bienfaits-de-la-lecture-avec-aline-maurer/

 

Quelles activités, à quelle phase de travail et avec quel objectif ?

 

De la précision avant tout

Une première remarque consisterait à dire qu’il est très important de donner des consignes claires, de poser des questions précises… Cela peut sembler évident, mais la question « Que se passe-t-il dans ce texte ? » quand on a une idée précise de ce qu’on attend, risque fort de nous mener à des déceptions. Elle est trop ouverte. D’autre part, si on remarque que les apprenants sont déjà une étape plus loin que prévu, analysent et interprètent déjà le texte au lieu de l’expliquer, peut-être faut-il prendre cela en compte plutôt que de forcer le passage par l’étape précédente d’explication. Proposer des exercices trop faciles est démotivant, alors autant s’adapter à ce qu’ils proposent.

 

Quelques exemples d’activités

Afin de mieux enseigner la compréhension écrite, je vous invite à vous demander à quel moment il serait judicieux de réaliser les activités suivantes avec vos apprenants, si on considère qu’il y a trois phases dans l’exploitation d’un texte (introduction – lecture – explication) :

– formuler des attendes vis-à-vis du texte

– exprimer des opinions sur un thème

– résumer l’ensemble du texte

– expliquer des mots inconnus

– souligner les mots importants

– reformuler des paragraphes

– activer les connaissances

 

Autre activité possible

Pour visualiser et synthétiser les informations contenues dans un texte, on peut utiliser des schémas. On les appelle schémas conceptuels et il en existe plusieurs types assez simples qui correspondent à différents types de textes (narratifs, argumentatifs etc.)

 

Développer l’autonomie et éveiller l’intérêt

 

Afin de mieux faire percevoir à vos apprenants les liens entre la compréhension écrite telle qu’exercée en cours et la vie réelle, rien de tel que d’encourager leur autonomie, en les invitant à se fixer eux-mêmes des buts de lecture. Pour cela, il faut leur laisser du choix et des espaces de liberté, peut-être en leur proposant plusieurs textes et en leur demandant de se fixer différents buts lors de leur lecture : globale, détaillée ou en détail. Cela leur permettra de faire leurs choix en fonction de leurs intérêts.

 

Et lorsque vous proposez un texte choisi par vos soins, veillez à construire de bonnes introductions aux textes pour éveiller l’intérêt de vos apprenants en leur proposant un but réaliste en lien avec leur quotidien…

 

 

Bref, la compréhension écrite apparaît comme une compétence assez négligée en cours, malgré son omniprésence : nous lisons certes des textes, mais rarement dans le but de développer nos savoir-faire. Plus qu’un prétexte, le texte devrait servir à atteindre un objectif que l’apprenant lui-même se serait fixé afin qu’il puisse prendre conscience de la présence de cette compétence dans son quotidien, hors de la classe et reprenne goût à son exercice, au lieu de la lier à l’examen.c

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