Le prof de FLE est baroudeur


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La vie à l’étranger : comment vivre à l’étranger m’a fait évoluer

 

Dans la tribu des profs de FLE, les baroudeurs sont nombreux. Certains ont sciemment choisi cette profession dans l’intention de voyager, d’autres sont d’abord partis pour ensuite tomber dans le bain des langues et de l’enseignement. D’autres encore sont restés chez eux, dans un pays francophone, et voient dans leur classe des personnes arrivées des quatre coins du monde. Bref, FLE rime avec voyage et vie à l’étranger.

 

Or, vivre à l’étranger n’est pas toujours de tout repos. C’est une vie riche en expériences nouvelles, en remises en question et en aventures. Pour vous faire part de mon expérience personnelle, lorsque je suis arrivée en Allemagne, j’ai commencé par éviter de fréquenter d’autres Français, dans le but de m’intégrer et d’apprendre plus rapidement la langue.

 

 

La liberté de l’aventurier solitaire

Le saut dans l’inconnu

 

Seulement voilà, une de mes collègues, prof d’espagnol, m’a un jour fait la remarque :

« Les Allemands disent que l’espagnol est facile. Mais quand ils vont en Espagne, ils peuvent entrer dans un bar et se commander une bière. Après cinq minutes, ils auront sans doute déjà parlé à trois personnes au moins. Mais moi, en Allemagne, quand je vais dans un bar et que je me commande une bière, je reste 20 minutes à la boire, toute seule, sans que personne ne vienne me parler. Alors, pas étonnant que mon allemand ne s’améliore pas : comment pratiquer ? »

 

Contacts plus ou moins faciles

C’est vrai, la solitude dépend de votre pays d’élection : dans certaines cultures les contacts sont plus faciles, au moins ceux de premier abord. Ensuite, bien sûr, les choses évoluent. On dit en général que, quand les rencontres sont faciles, elles restent superficielles, alors que les amitiés nouées dans des cultures moins expansives durent toute une vie. Il risque donc d’y avoir un moment où vous vous sentirez seul, soit parce que vous avez des difficultés à rencontrer des gens, soit parce que vous avez des difficultés à les revoir !

Cette période de solitude peut à première vue sembler négative, mais c’est en réalité une occasion en or pour apprendre à mieux se connaître. Si on change régulièrement de pays, on en prend l’habitude et on se prépare en prévoyant des activités pour cette période, comme la lecture, ou un travail de retour sur soir, de réflexion et d’introspection… Bref, cela fait partie de l’aventure et de l’enrichissement !

 

La découverte de soi

Dans tous les cas, l’arrivée dans un pays étranger est une période passionnante, lors de laquelle on peut essayer toutes sortes de choses nouvelles et prendre des risques qu’on n’aurait certainement évités si on était resté dans « son » pays d’origine. Ainsi, on se découvre encore un peu soi-même, et parfois on développe de nouvelles passions. C’est excellent pour en apprendre davantage sur son propre caractère, savoir comment on réagit, et ce dont on n’est capable (ou pas). Car il est très différent de se représenter dans une situation ou de la vivre véritablement. Et souvent, lorsqu’une situation nous faisait peur, on s’aperçoit qu’en réalité, elle n’était pas si terrible ;-). Les voyages forment la jeunesse, c’est bien connu !

 

Le sentiment d’être différent

 

Parfois, on se sent différent des « locaux », soit parce que les us et coutumes divergent, soit parce que, tout comme en France, la majorité des gens auxquels vous vous adressez n’a pas connu la vie à l’étranger, et ne peut donc absolument pas se représenter ce que vous vivez.

 

Dans mon cas, je suis mariée et j’ai un bébé, et pourtant certains Allemands me demandent encore quand je vais rentrer en France… Ils me disent aussi volontiers qu’ils aiment mon « dialecte » (mon patois), car les Allemands confondent volontiers dialecte et accent. Du coup, quand on me demande si je me sens bien intégrée, je suis partagée : j’ai un job, un mari allemand, un bébé, donc oui, indéniablement, je me suis construit une vie ici. Et pourtant, on me renvoie encore sans cesse à « mon » pays d’origine !

 

Bien sûr, ce sentiment d’étrangeté est également à tempérer : si je vivais au Japon, il ne s’estomperait sans doute jamais, tellement cette culture est éloignée de la nôtre, et pas seulement sur le plan géographique. D’autre part, ma brève expérience des Etats-Unis m’a montré qu’il était tout à fait possible de se sentir accepté tel que l’on est très rapidement, même avec un accent différent.

 

La communauté des expats

 

Les Français restés au pays n’ont pas partagé cette expérience enrichissante de découverte de soi que constitue la vie à l’étranger, les personnes du pays dans lequel vous habitez ont grandi dans une culture différente : il peut être difficile de trouver « sa » communauté. Et les expats me direz-vous, ces Français résidant à l’étranger ? Eh bien, c’est une question épineuse. J’ai malheureusement ressenti un certain malaise dans certains cercles où l’on se complet à critiquer la culture du pays d’accueil : l’arrogance française n’est pas qu’un cliché ! On se retrouve vite dans un tout petit microcosme, alors qu’on voulait élargir son champ de vision… Clairement, d’autres Français partageant ce point de vue se trouvent certainement près de vous, mais s’ils fuient aussi ces réunions, cela devient plus difficile de les trouver. Bref, pas si facile de trouver « sa » communauté !

 

De nouveaux regards

 

Une sensibilité exacerbée

 

Cette expérience m’a d’ailleurs rendue très sensible aux accents en français. Désormais, lorsque j’entends à la radio française un accent différent, qu’il soit du sud de la France, du Québec ou du Brésil, je suis enchantée ! Surtout dans ce dernier cas, car je le prends comme une preuve qu’on peut vivre en France sans que le statut d’étranger soit votre qualité première. Et j’ai ainsi découvert le terme de « glottophobie », signalant les allergies aux accents. Une personne ne supportant pas un accent différent est donc « glottophobe » ! Sur ce sujet, le clip de la candidate à la présidentielle Eva Joly, répondant aux critiques sur son accent, était d’ailleurs fantastique ! Je crois qu’elle est arrivée en tête du scrutin des Français de Berlin…

 

Une petite anecdote sur les noms de famille

 

Une autre anecdote cocasse : les Allemands me demandent souvent comment se prononce mon patronyme « en français ». Pour eux, il est évident que celui-ci est français ! Or, ce n’est pas le cas, et la plupart des Français me demandent également comment le prononcer. Les Allemands ne sont vraiment pas habitués aux noms de famille étrangers… Et puis, souvent, la question porte sur la dernière lettre : faut-il la prononcer ou pas ? Alors que celle qui change le plus de prononciation, c’est la première ! Un « v » se prononce presque comme un « b » en Espagne, et comme un « f » en Allemagne ;-).

 

Une transformation intérieure

 

Vivre à l’étranger est une expérience unique, qui vous transforme. Il est beaucoup plus facile d’échanger sur ce sujet avec des personnes qui ont vécu la même expérience. Les Français restés en France me sont presque devenus aussi étrangers que les Allemands ! Et lorsque, parfois, je songe à rentrer en France, je me dis que je ne suis déjà plus tout à fait française (si je l’ai jamais été), et que ce ne sera pas un retour au bercail, loin de là, mais presque comme découvrir un « nouveau » pays.

 

Il faut le savoir avant de partir : pas de « retour en arrière » possible ! Une expérience gagnée ne peut plus être perdue. C’est un peu le blues de l’étudiant Erasmus qui, après son retour, développe une sorte de « mal du pays », car il se sent décalé par rapport à ses camarades qui sont restés, et dont le point de vue peut lui sembler désormais un peu « étriqué ».

 

Et un regard différent sur son propre pays

 

D’ailleurs, lorsque j’écoute la radio française (c’est le lien que j’ai gardé avec la France !), je m’énerve aussi en entendant les journalistes débiter leurs clichés sur l’Allemagne : j’ai tellement l’impression qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent…

 

Récemment, une « journaliste française » a posté sur un groupe FB de francophones berlinois qu’elle voulait des images de « déconfinement » ! Or, d’une part, il n’y a pas eu de confinement à proprement parler en Allemagne (en particulier à Berlin, parce que cela dépend des Länder, en fait), d’autre part, elle se proposait de récupérer des images de queue devant les restaurants et les écoles, qui étaient encore fermés ! Elle s’est faite incendier, et honnêtement, à juste titre : si les journalistes français font si mal leur travail, comment s’étonner que les rumeurs se propagent à toute allure dans ce pays ?

 

Bref, l’arrogance et l’étroitesse d’esprit françaises se sont mises à me sauter aux yeux.

 

 

Une expérience unique

 

Vivre à l’étranger, que ce soit en Espagne ou en Allemagne, m’a tellement plu que j’y suis restée… Et alors que je me plaignais des clichés dans lesquels m’enfermait mon image de « petite française », une collègue allemande m’a répliqué :

« Cela te laisse quand même encore beaucoup de portes ouvertes. Quand un Allemand me parle, je sais de quelle région il vient, mais aussi en général de quelle couche sociale et peut-être même dans quelle branche il travaille. Il est tout de suite catégorisé. »

 

Oui, d’un côté, je n’ai pas fait la carrière que j’aurais pu faire en France, parce que j’y connais les codes. Mais je suis aussi plus libre. Si je me trompe, je pourrais toujours dire que je suis Française, et si j’y arrive, j’en tire d’autant plus de fierté.

 

J’ai découvert un autre pays, un autre regard sur le monde et une manière de concevoir la vie. Cela sonne un peu cliché ? Vous avez entièrement raison ! Mais il n’y a pas de fumée sans feu, et un peu de vérité se cache dans ce poncif. Cela me permet aussi de prendre plus de recul sur la culture française et de me régaler en lisant des livres comme « Ainsi parlent les Français ! »

 

Et vous ? Quelles ont été vos expériences à l’étranger ? Racontez-moi tout cela dans les commentaires !

 

Cet article participe à l’évènement inter-blogueurs “comment le fait de vivre dans un autre pays que le sien a-t-il impacté votre vie ?” organisé par Machiko et Laurent du blog : apprendrelejaponais-decouvrirlejapon 

 

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Une réponse à « Le prof de FLE est baroudeur »

  1. Bonjour Marianne,
    Je partage totalement ton avis sur le status d’expatrié comme française expatriée à répétition qui fuit les autres expats français !
    J’ai vécu dans des pays dont la culture est plus réservée avec un premier contact plutôt difficile et d’autres pays plus ‘latins’ avec un premier contact facile mais sur la durée, cela nécessitait plus d’effort pour construire des relations plus solides.
    Personnellement, je penche plus pour les pays latins mais c’est une question de préférence personnelle.
    Il est clair que, malgré le temps passé dans un pays, le statut d’étranger colle à la peau mais comme tu dis, il a aussi ses avantages. Je crois que je profite un peu de ses avantages parfois! 😉

    En effet, le « retour en arrière » est très difficile une fois qu’on a pris goût à l’expatriation ! Le retour au bercail est, je trouve, même plus dur que le départ pour l’avoir vécu à plusieurs reprises. Je tente donc de nouveau l’aventure mais cette fois-ci au Brésil (c’est pas le meilleur moment mais qui aurait pu prévoir…). Au plaisir de te lire à nouveau!

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