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Enseigner le FLE depuis une approche cognitive et communicative

Conférence d’Anna Doquin de Saint-Preux à la Rencontre FLE de Barcelone

 

Voici le résumé de la première conférence de la Rencontre FLE de Barcelone des 23 et 24 novembre, tenue par Anna Doquin de Saint-Preux sur l’approche cognitive. J’espère qu’elle vous intéressera. Le Powerpoint et l’enregistrement de la conférence sont disponibles sur l’Espace Virtuel des Éditions Maisons Des Langues (EMDL) : https://espacevirtuel.emdl.fr/

Pour lire le résumé de la dernière conférence, allez voir ici : Conférence de Monique Denyer.

 

Apprenons-nous à parler ou bien à penser dans une langue étrangère ?

 

Petite histoire des différentes approches

 

La mission du professeur de français langue étrangère : que ses élèves acquièrent une compétence linguistique comparable à celle d’un natif.

Depuis plus de 30 ans, pour atteindre cet objectif, on utilise la méthode communicative, ce qui a d’abord constitué une révolution : on est passé d’une instruction formelle à une instruction basée sur la communication. La langue est perçue comme un instrument de communication avant tout.

Dans ce cadre, on a commencé par bannir l’enseignement explicite de la grammaire, en essayant de reproduire pour la langue étrangère l’apprentissage « naturel » de la langue maternelle.  Ensuite, on s’est rendu compte qu’avec 3h d’enseignement par semaine, il n’était pas possible d’avoir un apprentissage naturel de la langue étrangère sans enseignement explicite de la grammaire.

De plus, il ne faut pas oublier que l’enfant, lorsqu’il apprend sa langue maternelle, apprend également à structurer sa pensée. Ce n’est pas le cas de nos apprenants, qui pensent déjà dans une autre langue. Actuellement, on revient donc sur le tout communicatif et on recommence à enseigner la grammaire et le vocabulaire de manière explicite.

Pour autant, il ne s’agit pas de revenir en arrière.

Mais revoyons d’abord quelles sont les différentes approches.

 

1. L’approche normative

Il s’agit de parler et d’écrire sans faute. Lorsqu’on a fixé des normes, on a créé l’approche normative. Il faut ensuite veiller au respect de ces règles. Or, il arrive que les natifs de la langue commettent des erreurs. De l’observation de ces erreurs est née une autre approche.

 

2. L’approche descriptive

On décrit la langue selon son usage. Cela peut par exemple concerner les différents emplois du subjonctif : exprimer la volonté, l’obligation, etc. Mais quand on décrit quelque chose par la somme de ses emplois, c’est comme si on décrivait la chute de plusieurs corps, sans cherche la loi physique générale de la chute des corps. De ce constat est née l’approche suivante.

 

3. L’approche cognitive

Elle cherche à comprendre les mécanismes de pensée qui sous-tendent le langage. Elle considère la langue non seulement comme un outil de communication, mais aussi de conceptualisation.

Si on reprend l’exemple du subjonctif, on l’utilise lorsque l’on souhaite « ne pas déclarer » un événement. Par contraste, on utilise l’indicatif pour marquer que l’événement a davantage de chances d’avoir eu lieu.

Exemple :

  • Elle veut qu’il lui écrive. Balance équilibrée sur le fait qu’il écrive ou non.
  • Elle sait qu’il lui écrit. Balance en faveur de l’existence du fait.

On peut donc combiner ces trois approches pour enseigner le français. Voyons plus en détail la troisième approche.

 

L’approche cognitive

Elle est basée sur la relation entre les connaissances linguistiques et les processus mentaux qui régissent l’utilisation du langage.

 

Théorie de la psychomécanique

Père : Gustave Guillaume (début du XXème siècle)

« La science des mécanismes fondamentaux de la pensée qui interviennent dans le langage. »

 

La division fondamentale langue/discours

  • Langue : opérations de pensée infinies (dans la tête)
  • Discours : résultat de ces opérations de pensée (observable)

 

L’unité forme/sens

Unité entre la forme et le sens : dans la langue, une forme a un seul sens.

Exemple au subjonctif :

  • Langue : ne pas déclarer un événement
  • Discours : effets de sens possibles : obligation, volonté, etc.

 

Les signifiés sont des mouvements

La langue n’est pas statique (comme dans un dictionnaire)

Les sens de la langue sont des mouvements.

Exemple de l’article défini ou indéfini

Voici 4 phrases en exemple :

  • L’homme est un loup pour l’homme.
  • L’homme entre dans la pièce.
  • Un homme ne doit pas pleurer.
  • Un homme entre dans la pièce

Explication des articles selon l’approche cognitive :

  • Un : mouvement de l’universel vers le particulier
  • Le : mouvement du particulier vers l’universel

Explication des exemples :

  • L’homme est un loup pour l’homme. Finalité : l’universel en perspective.
  • Un homme ne doit pas pleurer. Finalité : le particulier en perspective. Donc TOI, tu ne dois pas pleurer.

 

La linguistique cognitive contemporaine

Pères de la théorie: George Lakoff, Leonard Talmy, Ronald Langacker

Elle a été construite en réaction aux théories du langage inné.

Cette théorie n’a pas croisé la psychomécanique mais elle arrive à des conclusions similaires.

 

Le langage est un phénomène cognitif 

La langue se réfère à des concepts mentaux et non à la réalité en soi. En effet, je peux me focaliser sur un aspect ou un autre de la réalité (phénomène du verre à moitié vide ou à moitié plein), comme je le fais lorsque :

  • je choisis entre la voie passive et la voie active ;
  • je compare, d’un point de vue ou de l’autre (Marc est plus grand Paul ou Paul est plus petit que Marc) ;
  • je choisis un degré de précision ;
  • je choisis un prototype pour généraliser : un meuble (pensez-vous à une chaise ou à une méridienne ?) ou un célibataire (pensez-vous à un jeune homme ou à un prêtre ?).

 

L’expériencialisme

On base notre conception sur notre expérience de vie réelle, qui est collective. Cette expérience partagée va être reflétée dans la langue. C’est le fait que l’expérience physique et corporelle filtre notre accès à la réalité et nous permet de structurer les concepts linguistiquement.

Exemple : image corporisée de la colère

Expressions : rouge de colère, bouillir de colère, réagir « à chaud », être « chaud bouillant », entre dans une colère noire, avoir de la fumée qui sort par les oreilles.

On va pouvoir parler des idées de manière concrète.

 

La métaphore conceptuelle

La métaphore imprègne la vie quotidienne. Notre système conceptuel est fondamentalement métaphorique. Il s’agit cependant d’une métaphore différente de la figure rhétorique. Cette métaphore est un mécanisme cognitif.

Les métaphores permettent de transmettre l’abstrait. On les retrouve au niveau grammatical et lexical.

Exemple : arriver à la conclusion.

 

Des exemples de métaphores :

On peut associer les idées à la nourriture.

Expressions

  • Ce qu’il m’a dit m’a laissé un mauvais goût dans la bouche.
  • Il me faut un mois ou deux pour le digérer.

 

D’autres métaphores cognitives courantes :

  • On associe l’amour à la magie.
  • Ce qui est en haut est positif, ce qui est en bas est négatif.
  • Comprendre correspond à voir
  • Le temps est associé à l’espace ou à l’argent : du début à la fin est accompagné d’un geste de gauche à droite dans de nombreuses sociétés, mais pas toutes. Cela peut être de droite à gauche en fonction du sens d’écriture.

 

Applications en classe

 

Unir la forme et le sens

La langue est basée sur l’expérience sensorielle et humaine. Chaque langue exprime sa perception de la réalité d’une manière différente.

 

Différentes manières de conceptualiser

Les langues sont des manières différentes de conceptualiser le monde.

 

Exemples :

  • Les couleurs sont classées différemment selon les langues.
  • Les métaphores utilisées pour les rides au coin des yeux sont aussi différentes.

 

Des familles

Les langues d’une même famille ont beaucoup de points communs mais différent parfois de point de vue sur des détails.

Le subjonctif

Dans certains cas, on utilise le subjonctif en espagnol et le futur de l’indicatif en français. C’est peut-être une marque du commandement religieux « Tu ne parleras pas au futur sans mentionner Dieu. ». Les Espagnols font plus attention quand ils parlent du futur.

Les prépositions « à » et « de »

Elles ont des utilisations similaires également : « à » indique la destination et de l’origine. Mais pour le gâteau au chocolat, pour l’italien et le français, le chocolat est l’ingrédient de départ, alors que pour l’espagnol et le portugais, le chocolat est le parfum à l’arrivée.

 

Comment enseigner la langue depuis une perspective cognitive ?

 

Objectif :

que les apprenants comprennent et apprennent à utiliser de manière consciente des mécanismes que les natifs utilisent de manière inconsciente.

Comment ?

En cherchant la compréhension des mécanismes cognitifs de la langue pour guider les apprenants dans le processus d’acquisition.

 

3 pistes

  1. Inclure l’enseignement de la grammaire dans l’activité communicative
  2. Inclure des schémas pour expliquer la grammaire
  3. Travailler par contraste : le cerveau travaille en termes de contraste.

 

Bénéfices

  • Stimule les capacités cognitives
  • Augmente la conscience linguistique
  • Développe la compétence interculturelle
  • Apprentissage basé sur l’opérativisation : non sur la mémorisation des règles
  • Augmente la motivation : la grammaire est incluse dans l’activité de communication

 

Finalement, on souhaite que les élèves acquièrent aussi la manière de penser et la conceptualisation du monde de la langue qu’ils apprennent.

 

 

 

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