Que faire avec une classe hétérogène ?


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La pédagogie différenciée

 

Quel prof n’a jamais eu le sentiment que certains de ses apprenants s’ennuyaient tandis que d’autres peinaient à suivre ? Non seulement certaines écoles proposent des classes de langues multi-niveaux (et il faut bien avouer qu’en général la raison en est pécuniaire), mais encore tous les apprenants ne progressent pas à la même vitesse, de sorte que même dans un cours de débutants, et en admettant qu’aucun faux-débutant ne s’y soit glissé par manque de confiance en lui, les différences vont rapidement se creuser. Se pose alors la question de la pédagogie différenciée, ou comment faire en sorte que chacun trouve son compte dans un seul cours ?

 

D’où viennent ces différences ?

 

Plusieurs causes expliquent les différences dans l’apprentissage : le milieu socio-culturel, mais aussi les habitudes éducatives ou les divergences dans les centres d’intérêt. La motivation est également différente : si les objectifs sont différents, il peut ne pas être intéressant de travailler un certain type d’exercice. Par exemple, si l’objectif est de lire en langue originale, et non de parler, alors inutile de s’encombrer avec des exercices d’expression, qui sembleront une perte de temps à l’apprenant.

 

La pédagogie différenciée prend en compte un large éventail de différences : différences de profils d’apprentissage, différences socioculturelles, différences psychologiques. Dans Classes multi-niveaux et pédagogie différenciée, les autrices citent Hélène Przesmycki, qui différencie les apprenants selon :

  • leurs différences cognitives dans le degré d’acquisition des connaissances exigées par l’institution et dans la richesse de leurs processus mentaux où se combinent leurs représentations, stades de développement opératoire, connaissances, modes de pensées, stratégies d’apprentissage ;
  • leurs différences socio-culturelles: valeurs, croyances, histoires familiales, codes de langages, types de socialisation, richesses et spécificités culturelles, modalités d’identification (langue maternelle) ;
  • leurs différences psychologiques: vécu et personnalité révélant leur motivation, leur volonté, leur curiosité, leur énergie, leur plaisir, leur équilibre, leurs rythmes, leur image de soi.

 

Permettre à ces différences de s’exprimer, c’est ce qu’on appelle la pédagogie différenciée.

 

Comment s’expriment les différences ?

 

Pour y parvenir, on peut différencier les tâches selon :

  • les compétences visées : CO, CE, EO, EE, médiation
  • les objectifs : partir à l’étranger, lire en français, etc.
  • les niveaux : A1, A2, etc.
  • les stratégies ou les types d’apprentissage : plus ou moins autonome, visuel/auditif, etc.

 

Comment faire dans la pratique ?

 

J’ai une bonne nouvelle pour vous : si vous vous appuyez sur les apprenants les plus avancés en leur demandant d’expliquer aux autres ce qu’ils savent déjà, vous faites déjà de la pédagogie différenciée.

 

Les stations

 

On peut utiliser les stations où chacun peut choisir ce qu’il souhaite faire :

  • De la CO
  • De la grammaire
  • De l’EO
  • De la CE

On peut également proposer des stations par niveau, ou des stations thématiques.

Vous trouverez tout sur les stations dans l’article que j’y ai consacré :Les stations d’apprentissage : une solution pour une classe hétérogène

Astuce : avoir de courtes activités pour chaque niveau sous la main pour le cas où un groupe serait plus rapide.

 

Différenciation thématique

 

On peut travailler un seul sujet à partir de documents différents en laissant le choix du thème :

– trouver des offres d’emploi différentes pour proposer des emplois différents ;

– travailler la biographie à partir de biographies de personnalités différentes, issues des domaines intéressant vos apprenants

– la critique littéraire ou de cinéma ou à partir de livres et de films différents

– etc.

 

En général, dans les manuels, il y a un choix entre documents. On peut rendre ce choix plus transparent en fonction des intérêts thématiques de chacun, ou éventuellement l’élargir si celui-ci reste encore trop limité en surfant sur Internet…

 

Travailler à des vitesses différentes

 

Pour vos apprenants qui travaillent plus vite, j’ai vu une prof d’italien apporter des prospectus publicitaires à lire en attendant que les autres aient fini (article). Cela permet en effet de proposer une activité sans avoir trop de préparation en amont. Mais il existe d’autres possibilités :

  • proposer des exercices complémentaires pour ceux qui ont fini plus vite (en général, les manuels ont suffisamment d’exercices pour en proposer d’autres sans avoir à en préparer à l’avance, mais vous pouvez aussi prévoir des feuilles de photocopies) ou un article de journal à lire (si le niveau le permet)
  • Pour ceux qui ont le plus de mal, vous pouvez, en fonction de leur type d’apprentissage, leur proposer des documents complémentaires : des photos pour les visuels, un lexique pour ceux qui ont besoin de tout comprendre, etc.

Certains manuels ont intégré cette approche via une application qui proposer des explications complémentaires ou d’autres exercices pour aller plus loin.

  • proposer d’offrir de l’aide à ceux qui ont plus de mal et qui souhaitent une aide
  • proposer de préparer la correction : écrire les phrases de l’exercice au tableau, ou noter le vocabulaire qui peut poser problème à certains et réfléchir à une manière de l’expliquer

Ces deux dernières propositions sont une opportunité de travailler la médiation et de renforcer la cohésion de votre classe. Éventuellement, expliquez qu’aider les autres à comprendre permet à la fois de développer cette compétence de médiation et de vérifier qu’on a soi-même bien assimilé le point qu’on transmet. Reformuler les mots complexes de manière plus simple est également une compétence attendue à partir du niveau B2, mais qu’on peut entraîner plus tôt, à partir de B1 voire A2.

 

Un document, différentes exploitations

 

Groupes de niveaux homogènes

Il est possible d’exploiter les documents authentiques à plusieurs niveaux : utilisez un même document pour différentes exploitations selon le niveau des groupes. Pour une compréhension orale par exemple, vous pouvez proposer le texte à certains, tandis que d’autres doivent se concentrer sur ce qu’ils comprennent à l’oral.

 

Groupes de niveaux hétérogènes

Vous pouvez également utiliser des jeux de rôles avec un rôle plus complexe pour occuper des groupes hétérogènes, avec un apprenant plus avancé qui s’exerce mais aussi aide l’autre. Les mots complexes peuvent être expliqués par les apprenants les plus avancés (une compétence de reformulation demandée aux niveaux B1/B2)

Autre solution : visionnage ensemble d’une vidéo. Les plus avancés répondent aux questions en expliquant aux moins avancés.

 

 

Réfléchir sur les stratégies d’apprentissage

 

Tous les échanges que vous pouvez proposer sur les stratégies d’apprentissage sont par essence multi-niveaux. Vous trouverez de nombreux articles sur les stratégies d’apprentissage et un podcast sur le sujet sur le blog.

 

Lorsqu’on travaille à plusieurs niveaux, l’autonomie joue un rôle important, il faudra donc prévoir des activités pour la développer, et en particulier l’autoévaluation.

 

Un scénario multi-niveaux

 

L’approche par tâches ou par projet nous permet également d’envisager des projets dans lesquels chaque niveau a sa part à accomplir. En effet, pour les tâches de production, chacun peut produire en fonction à la fois de ses intérêts et de son niveau.

 

Vous pouvez alors utiliser la production des apprenants avancés comme une compréhension orale pour les débutants, qui peuvent devoir reconnaître des mots imposés dans la production.

 

Un exemple de travail commun pourrait être la présentation d’une ville, les petits niveaux prenant en charge une description simple en guise d’introduction, que les autres approfondissent en fonction des thématiques qui les attirent (population, transports, culture, etc.).

 

Un autre exemple serait celui d’une brochure, par exemple celle du « bon » touriste, avec :

  • les droits et devoirs du bon touriste : niveau A1 pour devoir / pouvoir / il faut
  • une interview pour des niveaux intermédiaires A2/B1
  • une recherche plus poussée et différenciée sur le tourisme dans le monde (ou un pays en particulier) pour les niveaux plus élevés.

 

Petite conclusion

 

Les classes hétérogènes sont souvent vues comme un problème, mais n’oubliez pas qu’elles peuvent constituer un vrai moteur pour les apprenants les moins avancés, si on parvient à susciter l’émulation et le soutien mutuel. Les apprenants ont la possibilité de poser des questions à d’autres personnes que l’enseignement s’ils sont timides et ils développent des compétences tutorales.

 

 

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9 réponses à « Que faire avec une classe hétérogène ? »

  1. Fort intéressant cet article! Bravo! Je me demande: au moyen des quelles activités on pourrait intégrer et faire travailler dans un groupe hétérogène les élèves ayant un handicap visuel et auditif (ou même cognitif pas trop grave si c’était le cas)?

    1. Merci ! C’est une question très intéressante ! Mais c’est aussi un cas très particulier. Je crois que cela mérite un (voire plusieurs) article dédié… A suivre donc sur le blog 😉

  2. Le problème de la classe hétérogène se pose beaucoup plus pour les apprenants qui n’ont pas la langue française comme langue maternelle d’ou les différences chez les apprenants et ce pour divers facteurs.

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