Former en FLE : le paradoxe de n’avoir pas de prix


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Combien de métiers exercerez-vous au cours de votre vie ? Alors qu’autrefois, nous nous limitions à apprendre et exercer un seul métier, aujourd’hui, plus personne ne connaît la réponse à cette question. La seule certitude, c’est que nous devrons nous former tout au long de notre vie, car même si nous continuons à exercer le « même » métier, celui-ci évoluera, les outils nécessaires à son exercice changeront. Qui le sait mieux qu’un professeur ?

Changer régulièrement de métier : se former !

Ainsi, le monde entier parle désormais à tout bout de champ d’adaptabilité et de formation continue. La plupart d’entre nous se prépare en effet à changer plusieurs fois de carrière au cours de sa vie, à se former tout au long de celle-ci. On nous le répète souvent, les emplois de demain n’existent pas encore actuellement. Il est donc impossible de nous y former dès maintenant. Cela signifie que nous devrons vraisemblablement nous former complètement une nouvelle fois, plus tard au cours de notre vie, et c’est d’autant plus vrai si nous sommes encore jeunes. Pour les étudiant.e.s, on s’accorde à considérer qu’ils ou elles n’exerceront qu’un temps le métier de leur formation initiale.

Pourtant, ceux qui sont censés nous aider dans cette voie, les formateurs, ne sont absolument pas reconnus. En Allemagne, ils n’ont ni les avantages des professions libérales, ni ceux des intermittents du spectacle… Et ils ont rarement des postes fixes, car il n’existe pas de grandes institutions reconnues comme les universités pour proposer de la formation continue. Celle-ci est bien souvent laissée à des organismes privés qui doivent aussi penser aux profits, et préfèrent bien souvent, il faut l’avouer, payer leurs professeurs au lance-pierre. Or, nous, les professeurs de FLE, lorsque nous enseignons à des adultes, nous tombons en plein dans cette catégorie ! J’ignore si c’est aussi le cas dans les autres pays, mais j’espère bien que vous me direz dans les commentaires ! Quel est le statut du prof de FLE pour adultes dans votre pays de résidence ?

La double peine des profs de FLE

Pour nous, professeurs de FLE, le problème va même plus loin, car il nous touche deux fois : d’une part, nous devons nous même sans cesse nous former aux nouveaux outils qui apparaissent sur le marché. Et je vous avoue qu’une question me taraude depuis bien longtemps déjà : est-il bien raisonnable de nous tourner vers les éditeurs ou les fabricants de ces produits pour couvrir ce besoin, comme c’est malheureusement bien souvent le cas ? Ne devrait-il pas s’agir d’un effort assumé par la communauté, à savoir l’État ?

D’autre part, notre propre statut jouit d’une faible reconnaissance. Alors même que la formation en soi est valorisée, son coût pas n’est véritablement reconnu. La plupart des gens souhaitent se former à bas coût, sans penser à l’impact que ces économies peuvent avoir sur la qualité de la formation. Or, tout travail mérite salaire, celui du formateur aussi, d’autant qu’il a lui-même dû se former auparavant. La valorisation de son expérience devrait passer par une monétisation, c’est-à-dire qu’elle devrait se voir sur sa fiche de paie. Il faut bien avouer que c’est rarement le cas.

Un statut particulier du prof pour adultes ?

Personnellement, je me sens souvent beaucoup de points communs avec les intermittents du spectacle… L’Allemagne, cette nation obsédée par le travail (mais qui a dans sa langue l’expression fabuleuse et intraduisible de Feierabend) refuse en effet de le (le travail) laisser entrer dans les cours. Alors que toute la société tourne autour de l’effort, les cours doivent toujours être amusants, divertissants. Bien sûr, il est agréable (et aussi plus efficace) de rendre le cours agréable. Cependant, je trouve dommage de nier l’effort qui est nécessaire pour apprendre quelque chose. Cela dit, cette injonction à s’amuser demande aux professeurs de faire sans cesse preuve de créativité pour inventer de nouveaux jeux adaptés à leurs apprenants. Cela donne parfois l’impression d’être en représentation.

Parallèlement, les formateurs continus doivent cotiser à la retraite et à la sécurité sociale, contrairement aux professions libérales, qui, elles, ne sont pas contraintes de cotiser à la retraite, et aux intermittents, qui bénéficient d’un système moins onéreux pour eux qui combine les deux. Tout cela en gagnant une misère. Et cela parce que ces professeurs dont l’importance devrait aller en grandissant n’ont aucun statut reconnu.

Tout le monde peut-il exercer ce métier ?

En effet, de nombreuses institutions (les universités populaires par exemple, dont l’ambition est précisément la formation continue) partent du principe que les heures de cours données sont un appoint à un vrai poste. Mais cela montre bien qu’il ne s’agira pas de formateurs professionnels. Pour eux, former est un loisir, presque bénévole. Comment attendre de la qualité dans de telles conditions ? Cela suggère l’idée que chacun peut s’improviser formateur. Est-ce réellement le cas ?

Formateur ne devrait-il pas être une profession reconnue à part entière, permettant de vivre de son métier, à une époque où tout le monde reconnaît que ce qu’elle offre nous sera bientôt indispensable à tous à un moment ou à un autre de notre vie ? Qu’en pensez-vous ?

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2 réponses à « Former en FLE : le paradoxe de n’avoir pas de prix »

  1. Bonjour Marianne,

    Alors là, on peut dire que tu tapes dans le vif du sujet lol ! Je vais te donner mon avis global sur la question, bien que totalement subjectif. L’ubérisation des métiers, prof de fle y compris, est un phénomène mondial difficilement maîtrisable. Oui, tout le monde a droit à un statut reconnu, bien payé, etc. Je pense que la véritable question c’est comment faire, s’organiser, s’en sortir dignement, avec le salaire que l’on mérite, à défaut d’institutions étatiques qui défendent nos statuts. En tant que prof de fle, nous n’avons pas de lobby, ni de syndicat super puissant qui défend nos intérêts à travers le monde. Force est de constater qu’on va devoir se débrouiller seuls (sauf si un politique s’empare de notre situation, probabilité qui frôle le zéro 😔). J’ai déjà changé 3 fois de métiers, du haut de mes 37 ans. Mais de manière non-conventionnelle, je ne considère pas cela comme une corvée, mais comme une bouffée d’air frais à chaque nouveau challenge. Ça a développé mon autonomie, ce côté un peu “couteau suisse” et ça nous force à sortir de notre zone de confort . Est-il bon de garder toujours les mêmes formateurs installés sur leur chaire depuis 30 ans ? En 2020, c’est juste pas possible. Comme tu dis, ça va trop vite. Et je pense qu’il faut accepter et voir cela comme une aventure (certes peu sécurisante et sécurisée). La génération qui a connu la sécurité de l’emploi est un fait exceptionnel d’un point de vue historique. L’État providence n’est pas une chose acquise et ne peut exister sans valeurs morales très fortes au niveau mondial. Exit donc le libre-échange et consorts… On revient alors à ce que l’Histoire a toujours connu, l’insécurité dans la manière de survivre (et de vivre du coup). C’est déstabilisant, mais en le prenant du bon côté, on trouve en nous une force incroyablement créatrice, qui nous permet de surfer sur les vagues. Je ne dis pas que c’est confortable. L’inconfort devient la norme. Je l’accepte et m’organise en fonction sans savoir ce que l’avenir me réserve ni comment je vais faire lors de mes vieux jours. Mais j’ai totalement confiance en mes capacités, et en la possibilité de trouver le juste équilibre.
    Merci encore pour ton article, qui comme les autres, apporte matière à réflexion (que j’adore, on a pu le constaté 🤣🤣).
    Hayet.

    1. Bonjour Hayet,
      Je suis d’accord avec toi : il ne faut pas tout attendre de l’État. Mais malheureusement, je trouve que beaucoup de gens s’intitulent “formateur” ou “prof” sans se former (même en autodidacte, une méthode à laquelle je reconnais toute sa valeur) à l’enseignement. Les compétences exigées par ce métier ne sont pas toujours reconnues par le grand public et cela me gêne tout autant que l’absence de statut. Mais bon, il est possible que les parents contraints à enseigner pendant le confinement aient pris conscience des difficultés du métier ;-).

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