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Interview avec Amandine Quétel

 

 

Aujourd’hui, je suis avec Amandine Quétel, que j’ai rencontrée à la Rencontre FLE de Barcelone organisée par les Éditions Maison des Langues (EMDL). Amandine Quétel a été enseignante de FLE et est actuellement formatrice de formateurs, notamment pour TV5 MONDE et les EMDL. Elle nous parle de l’utilisation des vidéos en classe de FLE.

Quelques liens utiles

Transcription de l’interview

Bonjour Amandine !

Bonjour Marianne !

Merci d’être là !

De rien, avec plaisir.

 

Est-ce que vous pourriez vous présenter pour nos auditeurs ?

 

Oui, donc je suis Amandine Quétel. Actuellement, je suis formatrice de formateurs et auteure, autrice, de manuels de FLE avec les éditions Maisons des Langues et donc formatrice de formateurs de manière indépendante, en free-lance. Je travaille beaucoup avec les éditions Maisons des langues, également avec TV5 MONDE et par moi-même, je réponds à des demandes d’institutions qui souhaitent former leurs professeurs, voilà.

 

D’accord. Comment est-ce que vous êtes passée de professeur de FLE à formatrice de formateurs ?

 

Alors, en fait… Je suis en train de réfléchir mais j’ai toujours eu des postes à la fois de professeur et de coordinatrice pédagogique. Et du coup dans mes fonctions, selon les institutions, j’ai eu l’occasion de travailler avec des professeurs de FLE qui n’avaient pas eu accès à la même formation que moi. C’est-à-dire que moi, j’ai un Master FLE d’une université française, de l’université de Nantes, qui était une bonne formation, très complète. Dans un de mes premiers postes, j’ai travaillé à l’Alliance Française de Sainte-Lucie, une petite île des Caraïbes, et les professeurs de FLE locaux n’avaient pas du tout eu accès à cette formation. Ils avaient un niveau plus ou moins de Bac+2 avec très peu de didactique dans leurs études ; un très bon niveau de français, ça, il n’y avait pas de problème, mais c’est vrai qu’au niveau de la pédagogie, de la didactique, de la connaissance du monde du FLE, par exemple des niveaux du CECR, c’est vrai qu’ils n’avaient pas du tout la même connaissance que moi. Donc la direction de l’Alliance française m’a très rapidement demandé de faire de petits ateliers pour partager un peu ces connaissances, et eux partageaient avec moi plutôt leur connaissance du terrain, parce qu’ils connaissaient bien leurs élèves, etc. Donc c’était intéressant, parce que ça a été très rapidement des échanges plus que des formations vraiment magistrales. Et ensuite, quelques années plus tard, lorsque j’étais en poste à l’institut français de Bilbao, j’ai eu la chance de pouvoir faire une formation pour devenir formatrice labellisée par TV5MONDE. J’ai suivi une vingtaine d’heures de formation par quelqu’un de TV5 MONDE pour faire de nous des formateurs « officiels » de TV5 MONDE. Ça a été super intéressant aussi pour apprendre à vraiment construire une formation, ce que j’avais fait de manière un peu intuitive jusqu’à maintenant, construire une formation complète en prenant en compte et les besoins de l’institution et des professeurs qui ne sont pas toujours exactement les mêmes. Et puis du coup, voilà à partir de ce moment-là, j’ai commencé à faire pas mal de formations pour TV5 MONDE, surtout en Espagne au départ, et puis maintenant un peu partout dans le monde, pour TV5 MONDE et pour d’autres, pour qui veut bien en fait.

 

D’accord, et ces formations que vous proposez pour TV5 MONDE elles tournent aussi autour de la vidéo, ou c’est quelque chose de différent ?

 

Oui, oui, bien sûr. En fait le principe de la formation, c’est d’apprendre à utiliser toutes les ressources proposées par le site TV5 MONDE, donc c’est essentiellement des vidéos, même s’il y a aussi quelques articles, il y a quelques chansons sans vidéos, il y en a très peu, mais il y en a, il y a quelques textes littéraires aussi, mais c’est vrai que l’essentiel des fiches pédagogiques sur TV5 MONDE sont basées sur des documents audiovisuels. Donc, c’est vrai que c’est quelque chose qui m’intéressait déjà auparavant mais, voilà, qui m’a questionnée et j’ai dû faire des recherches au niveau de tout ce qui est audiovisuel en classe, audiovisuel dans l’apprentissage, dans l’enseignement d’une langue, donc, en fait, une grosse partie de la formation est consacrée à pourquoi et comment utiliser le document audiovisuel en classe.

 

D’accord. Et vous, vous en êtes arrivée comment à utiliser la vidéo en classe de français langue étrangère ? Il y a eu une raison particulière, un déclic ?

 

Alors, en fait, moi, personnellement, je regarde énormément de films, j’ai toujours regardé beaucoup de films. Avant de savoir que le métier du FLE existait, j’avais envie d’être critique de cinéma. Bon, c’était un rêve d’adolescente mais voilà, j’ai toujours adoré le cinéma. Depuis que les séries comme on les connaît actuellement existent, je regarde énormément de séries. Je suis plein de webséries de petits créateurs de séries sur YouTube par exemple, c’est un média que j’aime déjà, moi, personnellement, beaucoup. Et ensuite, je trouve qu’il apporte beaucoup dans la classe. Donc assez rapidement, dès mes premières années d’enseignement, j’ai été amenée à utiliser des vidéos, et aussi parce que le site de TV5 MONDE, cela fait des années qu’il existe et qu’il propose plein de choses clé en main pour les profs. Donc, c’est vrai que quand on cherche un peu des idées d’activités, des idées de ressources etc., on tombe assez rapidement sur le site de TV5 MONDE. Du coup, si on aime ça, si on a aussi le matériel, parce qu’il faut aussi un peu de matériel pour pouvoir regarder des vidéos en classe, on peut quand même très rapidement être amené à utiliser ce support, et assez facilement, si on suit la fiche pédagogique de TV5 MONDE, c’est toujours assez bien construit et ça donne pas mal d’idées sur comment utiliser ensuite d’autres vidéos qu’on pourra trouver nous-mêmes. Donc c’est assez naturellement que je me suis mise à utiliser des vidéos, parce que de toute façon, c’est un support qui fait partie de ma vie, et encore plus maintenant avec les smartphones etc., on est constamment, enfin, en tout cas moi, je suis constamment en train de regarder des vidéos.

 

Oui, c’est une manière en fait de faire entrer la vie réelle dans la classe de langue.

 

Tout à fait. Parce que, à mon avis, à moins d’enseigner à des générations plus anciennes, vraiment plus anciennes, je pense que tout le monde est confronté à des vidéos tout le temps dans sa vie. Dès qu’on regarde un réseau social, que ce soit Facebook, Instagram ou autre, on tombe sur des vidéos, très rapidement. Donc, c’est vrai que pourquoi ne pas le faire rentrer dans la salle de classe ? Quand on enseigne une langue vivante, je trouve qu’il faut que cela ressemble à la vie réelle, il faut que ça soit la vie réelle.

 

Oui, bien sûr. Est-ce que vous pourriez nous parler un petit peu des avantages de la vidéo en classe de langue ? Donc, on a vu effectivement, faire entrer la vie réelle en classe. Est-ce qu’il y a d’autres avantages à cette utilisation ?

 

Alors à mon avis et je crois que tous les profs seront d’accord, parce que, à chaque fois que je fais des formations sur ce thème, c’est la première raison qui arrive, c’est que ça stimule la motivationdes apprenants… et des profs. Ça, on l’oublie, mais je pense que ça motive, en tout cas moi, ça me motive, de montrer à mes élèves une vidéo qui me plait, qui va leur faire découvrir des nouvelles choses, avec laquelle on va pouvoir aborder des points de langue, de la grammaire, du lexique etc., mais d’une manière différente. Ça peut être plus vivant, ça peut être différent, mais voilà, ça stimule énormément la motivation parce que c’est de l’image et du son, c’est une image qui bouge, ce n’est plus le professeur qui parle, ce n’est plus le livre qu’on a ouvert, donc ça change, ça change de support. En général, on essaie de montrer des vidéos authentiques, donc c’est aussi découvrir la langue telle qu’elle est parlée dans le pays, ça peut être parlé par des jeunes de l’âge des apprenants. On peut utiliser des vidéos sur tous les thèmes donc on va pouvoir choisir des vidéos qui traitent de sujets d’intérêt, je pense notamment aux adolescents : ce n’est pas toujours facile de susciter l’intérêt des adolescents, surtout quand ils n’ont pas forcément choisi d’apprendre le français, donc, si on peut leur montrer que le français, ce n’est pas quelque chose d’ennuyeux, qu’il y a des jeunes Français tout comme eux qui parlent français et que ça peut être utile de parler français. Donc il y a vraiment ce côté motivation.

 

Après, je trouve aussi que la vidéo ça facilite la compréhensionparce que bien sûr, il y a du son, il y a des personnes qui parlent, mais il y a surtout de l’image dans la vidéo et l’image, quel que soit notre niveau de langue, on va pouvoir la comprendre pour la décrire, on va pouvoir l’aborder beaucoup plus facilement que le texte écrit ou le texte parlé. Donc on utilise beaucoup l’image comme un vecteur entre les langues. Je donne toujours l’exemple du dessin d’une pomme, si on montre un dessin d’une pomme, quelle que soit la nationalité des personnes, même si on ne peut pas dire que ça s’appelle une pomme, on va dire que c’est quelque chose qui se mange, on va dire que c’est un fruit… Alors que si on écrit au tableau le mot pomme, ça ne va pas forcément parler à grand monde si on a un petit niveau de français.

 

Voilà, donc il y a cette idée, et puis l’immersion culturelleaussi. Dans une vidéo, enfin ça dépend quelle vidéo on choisit, mais il y a normalement toujours aussi un contexte culturel, il y a du non-verbal qui est très important : on va pouvoir étudier les gestes des personnes, les intonations non-verbales… Donc voilà, il y a plein de choses qui passent dans l’image aussi.

 

Et enfin, je trouve que ça aide beaucoup les apprenants à s’exprimeraussi. Toute la partie production, qu’elle soit écrite ou orale, je trouve que le fait d’avoir regardé une vidéo, d’avoir étudié une vidéo, d’avoir travaillé à partir d’une vidéo, ça stimule vraiment l’expression. Ne serait-ce que lorsqu’on leur montre une première fois une vidéo et qu’on leur demande d’écrire ou de répondre à des questions basiques comme qui ? quoi ? où ? comment ? pourquoi ? C’est rare d’être face à un silence complet dans la salle, alors que si on lit un texte, c’est un peu plus difficile. Je trouve en tout cas. Il y a plein d’hypothèses à émettre à partir d’une vidéo et je trouve que ça, c’est un truc qui stimule beaucoup l’expression écrite et orale.

 

Voilà, pour résumer un peu. Après je pourrais en parler pendant deux heures, mais j’essaie de résumer.

 

Oui, en effet, il y a beaucoup d’avantages. Je pense effectivement que ça aide à l’expression orale dans la mesure où dans un texte, peut-être qu’on ne comprend pas tout mais dans la vidéo, comme vous l’avez dit, il y a toujours au moins des images sur lesquelles il est possible de dire quelque chose.

 

C’est ça et je trouve que souvent on a tendance un peu à oublier le côté image quand on est prof de FLE, prof de langue en général et qu’on prépare son cours, on va surtout écouter ce qui est dit dans la vidéo pour voir un peu quel lexique on va pouvoir utiliser… donc là, le journaliste parle au passé, donc on va essayer de faire quelque chose sur le passé… Bien sûr, il ne faut pas oublier cette partie de la voix, des dialogues etc., mais je trouve qu’il faut beaucoup se servir de l’image parce que c’est vrai que je trouve que de temps en temps, on a tendance à oublier un peu la partie image et, finalement, c’est la première chose que les apprenants vont voir et comprendre, je pense.

 

Oui, en effet, là, si nos auditeurs veulent avoir un exemple, j’avoue que j’avais donné une astuce sur le passé. Moi j’utilisais un passage d’un vieux film, c’est vrai : Nikita de Besson, parce qu’il y a tout un passage quand il l’amène au restaurant, il n’y a absolument pas de paroles, mais je trouve qu’on peut tout à fait décrire tout ce qui se passe, donc ce n’est pas du tout de la compréhension orale, mais ça permet de s’entrainer justement éventuellement aux temps du passé. C’est ce que j’avais proposé sur mon site.

 

C’est ça, on a tendance à associer vidéo à compréhension orale alors qu’on peut bien sûr faire de la compréhension orale, mais on peut faire de tout, on peut travailler les 4, ou les 5, ça dépend comment on compte, compétences. On peut travailler la production, écrite, orale, on peut travailler l’interaction parce qu’on va faire discuter entre eux nos apprenants, la compréhension orale, bien sûr, et la compréhension écrite, parce qu’une vidéo ça peut être lié à des textes, donc on va pouvoir illustrer certains textes par la vidéo ou au contraire apporter des informations sur une vidéo par des textes. Vraiment, je pense que c’est possible de travailler de plein de manières différentes, pas forcément la compréhension orale, ce qu’on pense souvent en premier, moi la première, au départ, je pensais vidéo pour travailler la compréhension orale.

 

Oui, c’est vrai qu’on a souvent ce réflexe-là. Donc, vous nous avez dit un petit peu le type de vidéo que vous utilisez. Il y a effectivement les vidéos de TV5 MONDE, il y a beaucoup de matériel qui est proposé par la chaîne pour travailler sur ces vidéos. Vous nous avez parlé de films, de séries. Quel type de vidéo vous utilisez, vous, le plus souvent ? Enfin, c’est vrai qu’actuellement, vous n’enseignez pas, je crois, mais qu’est-ce que vous avez utilisé le plus souvent, peut-être ?

 

Alors non, actuellement, je n’enseigne pas. En tout cas pas de manière régulière comme j’ai pu le faire avant. Alors c’est vrai que moi, j’ai surtout utilisé les vidéos de TV5, d’abord, je l’avoue, parce que les fiches pédagogiques sont toutes prêtes et qu’en général elles me conviennent parfaitement. Donc, on est tous pareils, on cherche à gagner du temps, quand même. Et beaucoup d’extraits de films aussi, ou de bande-annonce. Les bandes annonces, c’est un peu particulier, mais je les ai utilisées en classe, des extraits de films, soit des extraits de séries, soit des épisodes de mini-séries. Je pense notamment à Bref, qui n’existe plus, mais que presque tout le monde connaît. Voilà, pour vous dire un peu le format de séries dont les épisodes durent au plus 5 minutes.

Et c’est vrai que moi, j’ai tendance à utiliser beaucoup les vidéos de TV5 pour le côté documentaire, apport culturel, en général on voyage, on découvre de nouvelles choses, ça fait discuter de thèmes, il y a beaucoup de vidéos sur l’écologie, sur l’environnement. Tout dépend de notre objectif, on ne va pas travailler la même chose de la même manière, avec un extrait d’une fiction et avec un extrait d’un documentaire ou d’un reportage, ça c’est sûr.

 

D’accord. Effectivement, Bref, j’avais aussi essayé de l’utiliser en cours, mais je trouvais que le débit de parole était quand même…

 

Oui, c’est très très rapide. Alors après, encore une fois, il faut penser à l’image. C’est sûr que c’est très très rapide, déjà pour nous francophones, ça va très vite. Et c’était l’identité de cette série. C’en était la spécificité. Après moi, j’ai beaucoup travaillé sur l’image. Sur le débit, justement, faire remarquer aux élèves que c’est extrêmement rapide, pourquoi il parle aussi vite, et bien insister sur le fait que ce n’est pas grave qu’on ne comprenne pas tout. Et en fait, j’avais travaillé sur la production après ça. Donc en fait, même si on n’avait pas tout compris ce qui se passait dans la vidéo, on avait essayé de refaire. On n’a pas fait de vidéo parce qu’on a manqué un peu de temps, mais on a refait à l’oral, dans la classe, des mini-scénettes de Bref où il y avait un locuteur qui essayait d’aller à peu près aussi vite que dans la série, mais de manière beaucoup plus courte, sur une minute, et un autre élève qui faisait l’image, qui mimait tout ce qui se passait. Et c’était un excellent travail pour la phonétique, pour l’articulation, l’intonation… parce qu’on répétait énormément tous les petits textes qu’ils allaient ensuite débiter, et c’est vrai qu’ils avaient fait pas mal de progrès sur la prononciation parce que voilà, si on veut copier le débit de cet acteur, il faut y aller. Même nous, francophones, je trouve que c’est vraiment très rapide.

 

Oui, oui, en effet, c’est très rapide. Mais c’est vraiment une excellente idée, de reproduire ce qu’ils ont vu. C’est un exercice que vous faites souvent ça ?

 

Alors je l’avais fait avec deux groupes, cette idée de Bref, parce que j’avais eu deux groupes qui s’étaient succédés et comme ça avait bien marché avec le premier, je l’avais refait ensuite. Je n’ai pas eu l’occasion de refaire et puis Bref, il faut vraiment avoir des groupes adultes, un peu ouvert d’esprit et puis, il faut bien choisir ses épisodes parce qu’il y a quand même beaucoup d’épisodes avec du contenu qu’on n’a pas forcément envie de montrer en classe. Donc il faut faire un peu attention. Avec des adolescents, je n’ai pas testé parce que c’est vrai que déjà, le personnage principal, c’est quand même un homme de trente ans, donc ça ne parle pas forcément autant à des adolescents.

 

J’ai fait cette expérience deux fois, et après, par contre, dans le même style, je fais souvent rejouer un extrait. On étudie le passage d’un film et ensuite, on essaie de le refaire, mais de le refaire de manière un peu différente. Moi, ce que j’aime bien, c’est donner des contraintes à mes élèves. Des contraintes dans le sens où je vais leur distribuer un petit papier sur lequel ils vont avoir par exemple un mot à placer. Ou alors un style à refaire, par exemple, on va refaire cet extrait sous la forme d’une comédie romantique, ou d’un film d’action, ou d’un film policier, ou alors une époque, par exemple on va le refaire à l’époque du Moyen Âge, ou en changeant le lieu, on n’est plus en France, on est en Inde, et donc forcément il y a des choses qui changent. Ça, ça peut être une piste pour refaire un peu un extrait.

 

Sinon on peut aussi écrire des sous-titres, refaire les sous-titres de l’extrait donc on peut les refaire de manière très conventionnelle tels que les personnages parlent, donc là, c’est vraiment un exercice de compréhension orale et d’expression écrite enfin, de retranscription, mais on peut aussi s’amuser à faire des sous-titres qui n’ont rien à voir. On va essayer de coller aux dialogues, dans le sens où il faut bien que les sous-titres correspondent aux personnages qui sont en train de parler, mais on va pouvoir imaginer une scène complétement différente, et donc ensuite regarder l’extrait sans écouter les dialogues mais en lisant les sous-titres. On va pouvoir réinterpréter complètement l’extrait. Donc ça, ça plait souvent aux élèves parce qu’ils sont complètement libres d’inventer ce qu’ils veulent à partir des images de l’extrait. Et dans le même style, on peut aussi écrire une voix off par exemple. Donc on va garder les images et on contraire on va, soit réécrire une voix off, soit ré-enregistrer des dialogues à coller par-dessus, et donc là, pareil, on va pouvoir inventer ce qu’on veut à partir des images qu’on déjà vues et revues plusieurs fois.

 

Quelques idées comme ça en vrac.

 

Oui, effectivement, ça c’est vraiment une bonne idée cette histoire de voix-off. Ça permettrait même de faire du discours indirect éventuellement pour les dialogues…

 

Ah oui, il y a plein de possibilités. Avec l’histoire de la voix off, on peut en faire du A1 au C1, en leur donnant des consignes qui correspondent à leur niveau. Et en plus, au niveau technique, ce n’est vraiment pas compliqué, parce que, soit on n’a pas du tout de matériel et donc on éteint simplement le son de la télé et on parle en même temps qu’on regarde, mais après, avec un téléphone, il y a toujours un dictaphone sur un téléphone, donc c’est vraiment facile d’enregistrer la voix off et de la coller par-dessus. Au niveau technique, c’est ce qu’il y a de plus facile. Parce que les sous-titres, ce n’est pas si simple, il faut avoir un petit programme. Donc ça dépend après des compétences et du prof et des élèves au niveau informatique, il faut bien choisir ses exercices en fonction de nos compétences aussi.

 

Oui, justement, cela demande quelques logiciels en fait toutes ces activités si vous voulez vraiment incruster les sous-titres, il y a des logiciels qui permettent de faire ça ?

 

Alors, je n’ai pas en tête le nom du petit programme que j’avais utilisé. Par contre, ce que j’ai en tête, c’est un site un peu différent qui s’appelle bombay-tv (http://www.bombay-tv.net). Je ne sais pas si vous le connaissez, c’est un site en anglais mais il faut passer outre, parce qu’il y en a beaucoup des sites en anglais. Donc ça s’appelle bombay-tv (http://www.bombay-tv.net), et en fait ce sont des extraits de films de Bollywood, mais des années 70-80 à mon avis. Donc c’est vraiment très très kitsch. Et ce sont de tout petits extraits de vraiment quelques minutes, et on peut écrire les sous-titres directement. Il y a comme un formulaire pour les élèves, pour écrire les sous-titres, et ensuite, il suffit de cliquer sur envoyer, et notre vidéo est tout prête. Donc on va pouvoir voir ces malfrats indiens avec leurs grosses moustaches, qui sont en train de parler, peut-être d’une recette de cuisine, parce qu’on aura choisi peut-être de faire des sous-titres sur le thème de la cuisine, ou de leurs problèmes de couples, ou de ce qu’on veut, en fait. Et ça, c’est très facile à utiliser, et ça fait des résultats assez drôles. Et ce qui est chouette aussi avec ce petit site, ce petit programme, c’est que  c’est très facile de partager le lien, donc moi, avec mes élèves j’utilisais beaucoup l’outil Padlet (https://fr.padlet.com). C’est une plate-forme qui permet de venir coller, comme si c’étaient des post-it, toutes les productions, tous les liens, tout ce qu’on veut en fait c’est vraiment un mur à idées, et donc, au début d’une session de cours, je créais ce mur « Padlet », j’incitais fortement mes élèves à installer l’application Padlet sur leur téléphone, mais si on n’a pas l’application, on peut le faire directement sur un ordinateur, et à chaque fois qu’on produisait quelque chose, on allait le coller ensuite sur ce mur. Et c’est vrai que cette histoire de Bombay-tv avec les sous-titres, ça a marché super bien parce que tout le monde regardait la vidéo de l’autre et donc là, dans le travail de compréhension justement, c’est assez chouette, parce que ce n’est même plus nous, les profs, qui disons aux élèves, bon, ce serait bien que vous alliez regarder ce que l’autre a fait, en fait, ils avaient très envie d’aller voir ce que les autres avaient fait. Ils commençaient à chercher les mots pour comprendre les blagues des autres… Enfin, c’était assez chouette parce que moi, je n’avais plus rien à faire… Ça marche vraiment bien, donc je conseille fortement aux profs d’aller voir ce petit site bombay-tv parce que c’est facile, il n’y a pas besoin de compétence techniques particulières et c’est juste que c’est en anglais, enfin, l’interface est en anglais.

 

D’accord. Ça a l’air assez drôle en effet et puis c’est vrai que c’est un bon argument si les apprenants vont d’eux-mêmes voir les productions de leurs camarades, ça c’est effectivement quelque chose que j’essaie toujours d’encourager, mais je n’ai pas toujours de succès…

 

Ce n’est pas facile et c’est vrai que c’est pour ça que moi je passe très souvent par l’humour et à chaque qu’il y a des productions à faire, enfin pas systématiquement parce qu’il y a quand même des fois où on prépare les élèves à des examens sérieux donc, non, mais très souvent, j’essaie de donner des contraintes un peu humoristiques dans les productions aux élèves. Comme je vous disais tout à l’heure, quand on rejoue un extrait, on change l’époque, on change le lieu, etc., ou on doit les obliger à placer un mot qui ne va pas forcément être facile à placer, ou à utiliser un style, enfin voilà. Parce que je trouve que, eux, cela va les motiver, d’abord parce qu’ils savent que le contenu n’est pas très sérieux, disons qu’il y a un second degré, donc ils auront plus tendance à se lâcher un peu, je trouve, et les autres vont écouter ou lire ou regarder beaucoup plus attentivement parce que, en général, je vais demander à ceux qui écoutent d’imaginer quelle a été la contrainte. Donc, en plus de devoir regarder ou lire ce que les autres ont fait, ils ont un petit exercice aussi. Je trouve qu’il faut toujours que le reste de la classe ait toujours aussi une tâche en fait, une petite mission, sinon, comme vous dites, ce n’est pas facile de capter toujours leur attention. Alors ça ne marche pas à tous les coups, il ne faut pas croire que c’est miraculeux, mais ça aide, je trouve un peu.

 

Oui, oui, ça a l’air en tout cas. L’humour est un bon moyen de les motiver à faire ça.

 

Oui, je crois.

 

Donc, vous nous avez déjà donné quelques pistes d’exploitation pour la vidéo. Quand on choisit une vidéo pour sa classe, à quoi il faut faire attention en fait ?

 

Alors, il y a plusieurs critères. Déjà les critères techniques : est-ce que je vais avoir accès à cette vidéo dans ma salle de classe ? Parce qu’on est tous un peu tributaires de la qualité de la connexion à Internet. Donc moi, je recommande toujours aux profs de choisir des vidéos qu’ils vont pouvoir télécharger et avoir sur une clé USB et sur leur ordinateur, pour ne pas dépendre de cette fameuse connexion, parce que des fois, il suffit qu’il pleuve ou qu’il neige et puis, ça ne marche plus. Donc ça c’est un premier critère purement technique.

Dans les autres critères techniques, je pense qu’il faut veiller à ce que la qualité de la vidéo soit bonne, donc à ce que l’image soit claire, ne soit pas pleine de pixels, que le son soit clair aussi parce que, comme on l’a dit auparavant, on va en général utiliser des vidéos authentiques, donc avec des locuteurs natifs qui parlent, si en plus le son n’est pas très très bon, cela rajoute des difficultés pour nos élèves qu’on peut sans doute essayer d’éviter. Bon, après pour des niveaux à partir de B2, C1, C2, on peut se permettre d’avoir un son un peu moins bon. D’ailleurs souvent dans les épreuves du DELF, le son du B2 est volontairement mauvais.

Ensuite, je trouve qu’il faut que la vidéo apporte quelque chose d’autre que ce qu’apporte le prof donc, si on va choisir une vidéo d’un prof de français qui est en train de donner un cours à ses élèves, je ne suis pas sûre que ce soit très intéressant. Après, tout dépend, mais je trouve qu’il faut vraiment apporter justement quelque chose de différent, que ça fasse voyager, qu’on découvre quelque chose d’autre en plus du côté linguistique, je trouve que ce n’est pas mal d’apprendre quelque chose de nouveau, de voyager, de découvrir un nouveau sport, un nouveau pays, enfin, n’importe quoi.

Et le dernier critère mais le plus important, c’est qu’il faut qu’il y ait une pertinence avec notre objectif pédagogique. A mon avis, faire une vidéo pour faire une vidéo en classe, ça n’a pas forcément beaucoup d’intérêt. Par contre, il faut vraiment, j’allais dire choisir la vidéo, mais c’est choisir l’exploitation qu’on va en faire en fonction de notre objectif pédagogique. Ça parait évident mais des fois, on l’oublie un peu, parce qu’il reste dix minutes, tiens, si on faisait une vidéo de TV5 MONDE. Bon, pourquoi pas, mais je trouve que, justement, le support de la vidéo peut être utilisé complétement à des fins pédagogiques, donc autant l’intégrer dans notre programme plutôt que de le faire en petit bonus de fin de cours.

 

Oui, je crois qu’en fait la question, c’est de savoir mais qu’est-ce qui vient d’abord ? Est-ce que c’est l’objectif pédagogique ou est-ce que c’est la vidéo ? Parce ce n’est pas toujours évident de trouver une vidéo qui corresponde à l’objectif qu’on avait en cours. Est-ce que finalement, ce n’est pas l’occasion qui fait le larron, on trouve une vidéo qui est bien, qui correspond à quelque chose qu’on voit en ce moment en cours, et on décide de l’utiliser ?

 

Oui, voilà, c’est ça. Les deux perspectives peuvent être bonnes, il n’y a pas de problème. Moi c’est vrai que j’ai plutôt tendance à intégrer le support de la vidéo comme j’intégrerais un texte ou n’importe quoi pour servir les objectifs qu’on est en train de traiter en classe. Et le plus facile dans ces cas-là pour trouver la vidéo, j’en parle encore, mais c’est le site de TV5 MONDE, parce qu’il y a un outil de recherche qui est assez performant et on va pouvoir filtrer les recherches en triant par mots-clés etc. Et justement, vendredi dernier, j’ai fait une formation sur le site de TV5 MONDE, et donc j’ai vu qu’on en est à 1045 fiches pédagogiques sur le site. Donc c’est énorme, il y a forcément quelque chose qui va pouvoir servir notre objectif. C’est une première source de vidéos et surtout d’exploitation pédagogique parce trouver la vidéo, bon, on peut, nous, avoir vu un film qui nous plaise et décider, comme vous l’avez fait pour Nikita par exemple, quand on trouve soi-même quelque chose, c’est super, après, il faut réussir à en faire l’exploitation qui correspond, mais je pense que les profs de FLE, en fait, on a un peu cette maladie-là : quand on regarde un film ou qu’on entend une chanson, on pense à l’exploitation qu’on pourrait en faire. Enfin, je ne sais pas si ça vous fait ça aussi, mais moi j’ai tendance à dire : « C’est super cette chanson, il y a vachement de passés composés ! Il faut que je note quelque part, ça pourra me resservir… » Enfin, c’est peut-être moi toute seule, mais je ne crois pas.

 

Non, je ne crois pas du tout, effectivement. Moi, c’est surtout quand je lis, effectivement, je vois tout de suite quel extrait je pourrais utiliser pour traiter tel aspect dans mon cours, mais effectivement quand je regarde des séries ou des films, parfois, j’ai aussi ce réflexe-là, de me dire : « Ah, cet extrait-là, on pourrait l’utiliser pour tel ou tel aspect… » Mais effectivement, TV5 MONDE est très riche, donc là-dessus je ne peux que vous suivre et recommander si on ne sait pas quelle vidéo faire, d’aller sur ce site. Mais admettant que le choix se porte plutôt sur une série, comment est-ce qu’on peut construire sa séance, est-ce là vous avez des conseils à donner ?

 

Alors pour ce qui est de la série, il y a plusieurs manières de travailler. Déjà, ce qui m’intéresse dans le format de la série, c’est que c’est récurrent, ce n’est pas comme un film où il n’y a qu’un seul épisode, là, on a toute une saison ou plusieurs saisons. Et ce que j’aimerais réussir à développer, c’est encore un peu à l’état de réflexion pour l’instant, c’est utiliser la série vraiment en mode « série », donc, par exemple, utiliser une saison complète pendant une année scolaire ou une session de cours avec des élèves.

Donc, plusieurs manières de travailler. Soit cela peut être des mini-épisodes qui fassent, comme j’ai dit auparavant, comme Bref, qui fassent 3 à 4 minutes. Moi j’aurais tendance à l’utiliser un peu en forme de rituel au début ou à la fin d’un cours. Là, je contredis un peu ce que je viens de dire auparavant concernant l’objectif pédagogique. Mais, par exemple, si on termine chaque semaine par regarder un petit épisode d’une mini-série comme ça, donc disons le vendredi, le dernier cours, on finit le cours par 5 minutes, on regarde cet épisode-là. On va donner une tâche à un des élèves ou à plusieurs élèves, selon le groupe. Et par exemple le lundi ou lorsqu’ils vont revenir en classe, ils auront une petite mission à faire. Là, c’est là qu’on va pouvoir essayer de coller à notre objectif pédagogique. Donc si on est en train de travailler sur la description, par exemple, décrire une personne etc., on aura demandé aux élèves de préparer la description complète du personnage principal de la série on d’un personnage qui apparaissait dans l’épisode qu’on a regardé le vendredi. Le vendredi suivant, on va regarder l’épisode suivant de la série et on va essayer comme ça de trouver une petite mission à refaire pour le lundi qui va correspondre à notre objectif, donc ça peut être raconter un événement au passé, donner des conseils à un personnage, voilà, on reprend un peu les objectifs communicatifs de chaque niveau, et on essaie d’en faire comme ça un rituel, ou de fin de semaine, ou de fin de mois, enfin, à vous de voir, selon le rythme de cours que vous avez.

Donc ça, je trouve que c’est une première manière de travailler avec la série, mais c’est une manière qui ne fonctionne qu’avec des épisodes très courts. Parce que je ne suis pas sûre qu’on puisse se permettre de prendre une demi-heure chaque semaine ou chaque mois sur une séance de cours. Donc ça c’est un premier format un peu en mode rituel de fin de semaine, ou de fin de mois, à vous de voir.

 

Une autre idée, et ça c’est un projet que je suis en train de faire en collaboration avec une amie qui est professeure de FLE à l’Alliance Française de Dublin, parce que comme en ce moment je n’ai pas vraiment de classe régulière, j’ai du mal à mettre en place ce genre de projet. Donc en fait on y réfléchit ensemble et puis elle, elle l’applique dans ses classes. Donc c’est d’utiliser une série un peu plus longue. Alors là pour le coup, nous on a choisi d’utiliser la série qui s’appelle « Au service de de la France ». C’est une série française, il faut la prendre sur le ton humoristique, c’est du second ou du troisième degré. C’est sur les services secrets français, un peu à la mode de OSS 117. Donc ce sont des épisodes qui durent une vingtaine de minutes. Pour l’instant, il y a deux saisons. On a choisi cette série d’abord parce qu’elle est sur Netflix. Comme en Irlande, la majorité des élèves a déjà un compte sur Netflix, vous n’êtes pas obligés de les obliger à reprendre un contrat. Et en fait, le principe, c’est que les élèves vont regarder chez eux l’épisode, on travaille un peu en mode classe inversée avec cette série. Les élèves vont regarder chez eux un épisode, et ensuite, on va se servir de cet épisode qu’ils auront tous vu comme support pour la semaine de cours. Donc là, il s’agit d’un cours de niveau assez avancé, c’est du niveau B2/C1 mais bon, je pense qu’on pourrait la même chose avec des niveaux plus bas, il n’y a pas de problème. Et donc chaque épisode va nous servir de support pour traiter plusieurs objectifs, que ce soit des objectifs linguistiques, culturels, communicatifs, etc. Par exemple dans le premier épisode, de manière assez simple, on va travailler le portrait des personnages. Sachant qu’on est au niveau B2++, on travaille un portrait le plus complet possible, la biographie la plus complète du personnage, pour pouvoir utiliser les temps du passé, la description complète et on va forcer les élèves à utiliser des mots qui définissent le caractère de manière un peu plus avancée que le simple : « il est blond. Il est brun. Il est petit. » On va un peu plus loin. Après, le deuxième épisode, donc c’est le moment où il y a un événement fort qui va déclencher ensuite toute l’intrigue. Donc on va s’en servir pour retravailler tous les temps du passé, décrire, au niveau culturel, c’est intéressant parce que cela se passe pendant la guerre d’Algérie, le début de la décolonisation en Afrique etc. Et tout est traité d’une manière très, au dix-millième degré à peu près. On peut aussi beaucoup travailler le côté culturel avec l’humour à la française, l’autodérision sur le chauvinisme français, le racisme. C’est une série qui, à mon avis, est très intéressante… Donc voilà une idée d’exploitation et pendant toute la session, on va regarder les dix épisodes et cela va être notre support principal de cours. Et l’idée finale de cette session de cours c’est d’essayer de faire inventer à nos élèves une série – on ne va pas la tourner, on ne vas pas la réaliser la série – mais vraiment d’inventer une idée de série à l’irlandaise, ou, je sais que dans sa classe il y a aussi des Allemands, donc on va pouvoir justement jouer sur le côté interculturel, comment serait une série sur les services secrets irlandais ou allemands avec le même genre d’autodérision, quel moment de l’histoire allemande ou irlandaise on pourrait reprendre. Comme là, on a la guerre d’Algérie. Voilà, pour donner une idée de faire un travail vraiment complet autour d’une saison et où la série est vraiment notre document principal.

 

Ah oui, ça c’est vraiment un projet passionnant. Ça a l’air vraiment très… C’est un peu le même principe en fait que les cours dans lesquels on suivait un roman et on devait lire un chapitre chaque semaine…

 

Oui, tout à fait.

 

C’est vrai qu’on dit souvent que les séries se rapprochent davantage du roman que les films et c’est vrai qu’on retrouve un peu cet aspect-là, finalement, un chapitre à chaque séance et on travaille sur ce chapitre, ou sur cet épisode de la série…

 

Oui, voilà, c’était vraiment notre idée. Donc nous on est parties sur cette idée dans ce cours-là parce qu’en fait, c’est un cours un peu spécial de perfectionnement, c’est un cours assez court, il dure un mois, et pour lequel les élèves n’ont pas de manuel. C’est vrai que l’idée est venue d’ici : on n’a pas de support commun pour les élèves, donc qu’est-ce qu’on pourrait faire au lieu de distribuer des tonnes de photocopies ? On a choisi de faire ce test un peu de la série. A priori, ça marche vraiment pas mal, les élèves ont bien adhéré au format. Alors pareil, travailler dans une Alliance Française ou dans un Institut Français c’est toujours un peu particulier parce que c’est des élèves particulièrement volontaires, là c’est des adultes, donc voilà, il faut bien se dire que ça ne va pas forcément être faisable de cette même manière avec tous les publics. Il y a aussi la question qui se pose de comment regarder l’épisode. Là, on a la chance que ce groupe-là, ils aient tous un abonnement Neflix. Ils l’avaient déjà avant qu’on commence la session, donc on n’a pas été obligées de payer un abonnement ou de trouver les DVD, ou je ne sais quoi, parce que la question du support pour regarder les séries ou les films, la question des droits d’auteur également, ça peut être un peu complexe. Donc là, on a eu de la chance, ils le regardent chez eux. Et ça fonctionne donc c’est pas mal, mais c’est une question à se poser aussi au moment de choisir le film ou la série, il faut bien se poser cette question.

 

Oui, bien sûr. Mais là, si vous utilisez ça comme support de cours, cela revient au même d’acheter le DVD ou d’acheter un manuel. L’investissement est juste un peu différent mais on pourrait réfléchir de cette manière-là.

 

Oui, c’est ça, mais c’est vrai que le problème des DVD, c’est que ça devient un peu obsolète et que la plupart des séries, elles arrivent très tard en DVD. Donc l’idée du DVD ça commence à être un peu compliqué. Et puis moi, là, par exemple mon ordinateur, il n’y a pas de lecteur DVD…

 

Oui, non, ça, le mien, non plus, c’est vrai. Cela dit, on peut aussi l’acheter en format… enfin le mieux c’est d’avoir Netflix, je pense aussi c’était la meilleure option en effet, mais on peut aussi l’acheter en format numérique.

 

Oui, oui c’est vrai. D’ailleurs, c’est ce qui m’a poussée à commencer à travailler sur les séries, c’est lorsque j’ai découvert Netflix, donc ça ne fait pas très longtemps que je m’y suis abonnée. J’ai découvert qu’il y avait pas mal de séries françaises sur cette plate-forme et que donc ces séries françaises, elles étaient accessibles du public étranger aussi. Je pense notamment à la série « Dix pour cent » que je viens de terminer, elle est sur Netflix Espagne, Netflix États-Unis, elle est accessible à plein de publics, ce n’était pas forcément le cas il y a quelques années, les séries françaises, elles ne passaient pas les frontières. Donc je me dis que c’est un support… de toute façon tout le monde regarde des séries, enfin, en tout cas dans ma génération, je pense qu’il y a très peu de gens qui ne regardent pas du tout de séries, et maintenant qu’on commence à avoir la chance d’avoir des séries françaises ou francophones – bon, c’est vrai que moi je connais surtout les séries françaises, mais je sais qu’il y a aussi de très bonnes séries québécoises, de très bonnes séries africaines d’ailleurs sur TV5 MONDE on en retrouve quelques-unes – donc je trouve que c’est intéressant de faire rentrer ce format-là dans la classe, parce qu’en plus si on est abonné à Netflix ou à une autre plate-forme de ce type, on va pouvoir retrouver nos supports de classe dans la vie personnelle aussi.

 

Oui, c’est sûr. Et puis ce que j’aime bien aussi avec le côté série, c’est que même si on n’utilise pas toute la saison, c’est ce qu’on espère toujours quand utilise un support mais ça m’est arrivé que des étudiants regardent finalement toute la saison chez eux.

 

Oui, exactement ! C’est le problème qu’a eu ma collègue d’ailleurs, elle a eu deux élèves dans son petit groupe qui ont adoré la série et qui, du coup, ont pris largement de l’avance sur la saison. Et du coup, cela ne l’arrange pas vraiment, parce qu’il faut quand même que l’épisode soit un peu frais dans la tête des élèves pour travailler sur ce qu’on va y faire, mais bon. C’est plutôt un bon signe puisqu’ils n’ont pas suivi la consigne et ils ont continué à regarder la saison, parce qu’ils avaient envie de savoir ce qui se passait, et ça effectivement c’est génial parce que, moi, c’est ce que j’adore des séries et c’est comme ça que j’ai beaucoup progressé en anglais. C’est en regardant des séries où la version avec les sous-titres français n’était pas encore sortie, donc je me suis dit : « Bon c’est pas grave, je me lance, je verrai bien », et ma compréhension orale de l’anglais a énormément progressé. Donc je souhaite qu’il arrive la même chose à mes élèves. C’est vrai, c’est un super support pour ça.

 

Oui, oui. Ça je pense que, effectivement, c’est très clair, on se raccroche un peu à son expérience personnelle, et ça marche en effet très bien. Là, vous nous avez présenté un projet ambitieux et passionnant. Si un professeur n’avait peut-être pas autant de possibilités et qu’il souhaitait utiliser simplement un épisode, est-ce que là vous avez un conseil, à quoi est-ce qu’il devrait faire attention ? Enfin, c’est vrai qu’on a déjà vu qu’il fallait qu’il choisisse la série en fonction de son public, un petit peu, son épisode en fonction de ses objectifs, et au début vous aviez donné des exemples d’activités où on pourrait refaire la scène. Est-ce que vous encore d’autres conseils ou une autre astuce ?

 

Alors pour ce qui est d’utiliser juste un épisode ou juste un extrait, à mon avis on peut tout à fait le faire et on va faire la même chose qu’on ferait avec un extrait de film ou un extrait de n’importe quelle autre vidéo. Moi, ce que je trouve intéressant quand on travaille sur les films, et sur les séries aussi, c’est de travailler avec le matériel qu’il y a autour. On peut travailler avec, par exemple, les affiches, on peut travailler sur les affiches, que ce soit de séries ou de films, enfin, il n’y a pas exactement d’affiches de séries, mais on va pouvoir trouver du matériel promotionnel qui ressemble à une affiche, on va pouvoir travailler sur les bandes annonces. Alors c’est toujours un peu difficile parce que ça va très vite, mais on va pouvoir faire faire des hypothèses à nos élèves sur le genre de série ou de film, un peu l’histoire, les personnages, les relations entre les personnages etc., juste à partir de la bande-annonce. Moi, j’utilise aussi de temps en temps des extraits d’interviews ou d’émissions promotionnelles, parce que, à chaque fois qu’un film ou qu’une série sort, on retrouve les acteurs dans toutes les émissions françaises, que ce soit à la télé ou à la radio. Je sais que j’avais pris l’habitude d’utiliser ce type de documents qui sont autour du film, autour de la série. Donc ce qui est affiche et bande-annonce, ce serait plutôt avant de regarder notre extrait ou notre film, et les interviews, je trouve que c’est intéressant de les regarder après pour alimenter le débat.

 

Alors après, pour travailler sur extrait, tout dépend de votre objectif, mais j’aime bien aussi moi travailler sur la narration et sur la chronologie. On peut regarder différents extraits, très courts, d’une minute maximum, et essayer d’imaginer dans quel ordre ils sont réellement dans notre film ou dans notre épisode, ou même prendre plusieurs extraits de plusieurs épisodes différents d’une même série, et essayer d’imaginer la chronologie, remettre dans l’ordre, et du coup ça va obliger nos élèves à raconter quelque chose, donc on va pouvoir utiliser différents temps, on va pouvoir retravailler les connecteurs du discours, ou les connecteurs chronologiques. C’est un peu la première idée, là, qui me vient par la tête.

 

Moi, je trouve que ce sont vraiment de bonnes idées, d’utiliser le matériel à côté, c’est encore une astuce complémentaire effectivement, à laquelle on ne pense pas toujours. Enfin, la bande-annonce, je pense que ça, ça vient quand même assez spontanément, mais effectivement, il y a toujours des interviews qui peuvent être intéressantes. Et puis, cette astuce de travailler sur la chronologie, je pense aussi que c’est quelque chose qu’on peut adapter à beaucoup d’extraits, donc si, je pense que ce sont de très bonnes idées.

 

D’accord. Parfait. Alors un conseil pour tous les profs de français qui ne seraient pas forcément français et qui ne connaitraient peut-être pas forcément ce site, c’est d’aller sur le site Allociné (http://www.allocine.fr). Vraiment, le site Allociné, c’est une mine d’or pour tout ce qui est extrait affiche, c’est comme un énorme dictionnaire ou une encyclopédie du cinéma et donc pour chaque film on va retrouver la fiche, le synopsis, la liste complète des acteurs, réalisateurs etc. les bande-annonce, parfois des extraits de film, parfois des extraits d’interviews, donc ça évite de chercher dans tous les sens. J’invite vraiment les profs à regarder ce site qui est très pratique.

 

D’accord, je mettrai le lien. Merci beaucoup. Je voudrais vous remercier de nous avoir donné toutes ces astuces très intéressantes et j’espère que nos auditeurs pourront les mettre en pratique dans leur classe.

 

De rien, avec plaisir. Et j’espère aussi que ce sera utile, que ça servira.

 

J’en suis persuadée !

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